LA RÉPONSE DES FEMMES FÉMINISTES FACE À LA PANDÉMIE DE LA COVID-19



Le collectif des Femmes de la Fondation Eboko

En tant qu’organisation et activistes féministes, nous nous sommes réunies pour définir les principes clés d’une reprise résiliente face à l’actuelle pandémie mondiale, trouver des réponses et encourager l’action collective des féministes du monde entier.

Si la pandémie de COVID-19 affecte hommes et femmes indifféremment, ses conséquences socio-économiques et sur le plan de la sécurité sont nettement plus marquées pour les femmes et les filles, au point de remettre en question les progrès en matière d’égalité des sexes enregistrés ces dernières décennies.

Le collectif de femmes Lukolo Lwa Kidzunu souhaite placer les femmes au cœur des plans de réponse.

Les Mesures apportées dans le domaine de santé publique et de la sécurité ont des répercussions profondes, elles ont amplifié les crises humanitaires, sociales, économiques et même politique. Certaines reflètent des injustices et des inégalités structurelles profondément enracinées dans nos sociétés et systèmes. L’exclusion est de plus en plus présente, les populations vulnérables se sentent seules au monde.

Certaines mesures mises en place pour faire face à ces crises menacent profondément les droits de l’homme et la démocratie. Dans de nombreux pays, les forces militaires et policières appliquent la brutalité sur les femmes pouvant conduire parfois jusqu’à la mort. Les femmes ont été confinées avec leurs bourreaux et leurs angoisses. Nous souhaitons que les pays envisagent de renforcer la vigilance face aux violences conjugales.

Nous souhaitons également que les femmes se mobilisent partout dans le monde afin de lutter contre la pandémie de coronavirus en Afrique.

Nous sommes des féministes africaines, mères de l’humanité, imprégnées de visions panafricaines. Ces visions nous permettent d’oser croire qu’il existe de nombreuses solutions et ressources pour faire face aux nombreuses pandémies auxquelles notre continent est confronté. Nous sommes issues de divers horizons, de part nos formations, secteurs et disciplines, notamment le droit, la mobilisation de fonds, l’économie, les droits fonciers, la santé, la production culturelle, la souveraineté alimentaire, le travail écologique, la paix, la sécurité, etc…

Nous avons besoin de solutions et la COVID-19 nous a fourni l’occasion idéale de ré-imaginer notre continent. Ce moment exige une réponse panafricaine qui crée un environnement favorable pour que le travail économique mené par les personnes et les mouvements, y compris, mais sans s’y limiter, l’économie coopérative et solidaire, reçoive le soutien et l’espace nécessaires à son épanouissement. Cette crise sanitaire est le moment de déloger les inégalités structurelles et de recadrer l’économie politique qui a contribué à ce point de basculement. Nous avons besoin d’une réorientation plus profonde du développement de l’Afrique qui aille au-delà de la COVID-19.

La « croissance » africaine de ces vingt dernières années s’est accompagnée d’un chômage généralisé, tandis que les écarts de richesse et d’inégalité sont maintenant à leur plus haut niveau. Des décennies de réduction des dépenses publiques ont laissé des millions de personnes sans accès à des services de base tels que les soins de santé, pendant que le mouvement de privatisation de ces services et ressources (y compris l’eau et l’énergie) compromettent davantage l’accès équitable. Dans le même temps, la politique à vision étroite axée sur l’agriculture industrielle et orientée vers l’exportation n’a pas réussi à assurer la sécurité alimentaire de l’Afrique. En outre, le manque d’investissement dans les systèmes alimentaires locaux qui sont au centre de la souveraineté alimentaire a eu des effets néfastes sur la biodiversité et la résilience climatique de l’Afrique.

Les problèmes sont profonds: invisible, mal payé, non rémunéré et précaire. Alors que la COVID-19 continue à se propager sur le continent, l’absence des filets de sécurité sociale dont les femmes ont besoin en raison de leur plus grande précarité fiscale face aux chocs économiques a mis en évidence les échecs d’une trajectoire de développement qui privilégie actuellement la productivité pour la croissance au détriment du bien-être des populations africaines.

Nous souhaitons que nos gouvernements renforcent la solidarité en aidant les personnes qui ont perdu leur emploi, du fait de la chute des marchés et de la fermeture des entreprises, et celles dont le travail de soins non rémunéré a augmenté en raison des fermetures d’écoles et des besoins accrus des personnes âgées, une lutte efficace contre les violences conjugales.

L’inégalités de genre dans le contexte de la COVID-19 sont également au centre des travaux de plusieurs entités des Nations Unies auxquelles nous avons apporté notre contribution. Chacune, proposent des angles spécifiques pour traiter efficacement ce problème exacerbé par la crise.

Nous voulons contribuer à rechercher des solutions pour réduire les effets socio-économiques de la COVID-19 sur les femmes.
Nous rappelons qu’il est important de développer des systèmes de santé inclusifs qui prennent en compte les besoins différents des femmes et des hommes.
Le renforcement de l’information sur la santé sexuelle et reproductive doit également être prise en compte.

Rappelons que les expériences passées de gestion des crises ont démontré que la prise en compte des préoccupations des femmes augmente l’efficacité de la réponse. Par conséquent, il nous faut prôner le leadership des femmes et mettre en place un collectif inter-associatif dans les stratégies de riposte à la COVID-19.

En ce qui concerne la crise financière, cette situation nous oblige à réfléchir fortement et honnêtement aux répercussions de la poursuite dogmatique de l’endettement. Nous sollicitons des fonds alors que l’Afrique connaît une sortie nette de capitaux. Quelle postérité cela offre-t-il aux générations futures ? Nous sommes soucieux des formes et sources de financement et des conditions qui s’y rattachent. La pandémie de COVID-19 nous a montré où se situent nos faiblesses structurelles et l’histoire nous a montré que les limites des anciennes méthodes.

QUELQUES PROPOSITIONS DES FÉMINISTES AFRICAINES ISSUES DE PLUSIEURS MOUVEMENTS :

– Les chaînes d’approvisionnement alimentaire localisées devraient être renforcées par un soutien monétaire et des ressources allant directement à l’appui des petits exploitants agricoles à travers l’Afrique, les gardiens de la biodiversité, des semences indigènes et des terres. Les ministères de l’agriculture sur tout le continent devraient collaborer avec les mouvements pour la souveraineté économique, climatique et alimentaire en Afrique,
– L’apparition de la COVID-19 a démontré le lien évident entre la santé et l’environnement. Par conséquent le maintien de l’intégrité de l’écosystème africain tout en permettant aux communautés de gagner leur vie et de bénéficier des ressources naturelles devrait faire partie de tout plan de relance économique. Plutôt que de se concentrer sur des interventions de conservation basées sur le marché, les gouvernements africains doivent donner la priorité à la conservation et à l’utilisation durable de la biodiversité au profit des communautés qui sont les gardiennes des ressources et dont les moyens de subsistance dépendent directement des ressources naturelles,
– Il nous faut repenser notre système de santé pour envisager des réponses qui ne cherchent pas seulement à traiter les impacts directs de la COVID-19, mais qui renforcent plutôt les systèmes de santé et de protection sociale de manière horizontale, en reconnaissant que c’est fondamentalement politique, et en concevant et en soutenant des systèmes pour le bien-être de la majorité.
– La protection des brevets et d’autres lois sur la propriété intellectuelle ont encore consolidé une approche banalisée des soins de santé en Afrique. Dans la mémoire récente, il y a le combat pour que les peuples africains puissent avoir accès aux antirétroviraux-ARV. Ce combat a coûté des millions de vies dues aux marges de profit des entreprises qui ont été placées au cœur de processus au détriment de la vie des peuples africains à sauver. Nous ne pouvons nous permettre de répéter sans cesse les mêmes erreurs. La connaissance ne peut être une marchandise, tous les médicaments liés à la COVID-19 doivent être universellement accessibles à tous, tout comme les connaissances qui s’y rapportent.

Nous souhaitons la mise en place des campagnes de sensibilisation pour assurer un comportement équitable entre les sexes pendant et après la pandémie. Pour finir, cette crise sanitaire devrait permettre à nos pays d’améliorer et de renforcer les systèmes de santé africains. En effet, le manque de kits de diagnostics empêche d’avoir une connaissance précise du nombre de personnes infectées par la pandémie de COVID-19.

Réponses des Femmes Féministes Africaines. Nous avons également partagé les réponses de la charte des Femmes Africaines Féministes de l’African Women’s Development Fund en sigle AWDF.


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